L’efficacité énergétique, tout le monde est pour. Cependant, différents obstacles ralentissent son déploiement, pourtant indispensable à la transition énergétique.

Rencontre avec Mehdi GUELLIL, fondateur de KERDOS.

1. Bonjour Mehdi et bienvenue. Présentez-vous en quelques mots…

Bonjour, je suis Mehdi Guellil et je me passionne pour les enjeux climatiques et la nécessaire transition énergétique en cours. Entrepreneur, j’ai créé KERDOS, partenaire d’excellence de la performance énergétique opérationnelle, notamment pour l’industrie.

2. Comment définiriez-vous l’efficacité énergétique ?

Le fonctionnement d’un système implique une consommation d’énergie, afin de rendre les services utiles aux activités humaines. Il est possible de minimiser l’énergie nécessaire, tout en maintenant identique le service rendu : cet optimum est appelé l’efficacité énergétique.

Concrètement, il s’agit de réduire les besoins en énergie en identifiant systématiquement les améliorations possibles, sur plusieurs aspects : suppression des usages superflus, paramètres de pilotage, comportements humains, équipements performants, conception incluant l’énergie comme critère de choix…

Les gisements restent considérables ; ainsi l’ADEME estime que l’industrie peut améliorer de 19,6 % son efficacité énergétique à l’horizon 2035 par l’application des meilleures techniques disponibles et par une gestion efficace de l’énergie par les organisations [ADEME, Actualisation du scénario énergie-climat 2035-2050, août 2017].

L’efficacité énergétique est la première brique de la transformation énergétique des entreprises, où l’on retrouve les thématiques suivantes :

  • L’intégration thermique, avec les échanges de chaleur idéaux au sein des procédés et la récupération de chaleur pour valoriser les « énergies fatales ».
  • Les substitutions d’énergie, notamment en remplaçant les énergies fossiles par leurs équivalents ayant un contenu carbone plus faible.
  • L’intégration des énergies renouvelables, avec les énergies nouvelles permettant d’assurer le même service que les énergies conventionnelles.

3. Quel est votre point de vue sur les principaux obstacles en jeu?

L’efficacité énergétique génère un gain immédiat pour les entreprises car elle agit directement sur la compétitivité économique ; il s’agit de travailler sur un poste de dépense, réduisant le coût de fonctionnement (OPEX).

Cependant, les projets énergétiques entrent en compétition avec les investissements productifs (CAPEX), demandant aux financiers d’arbitrer les budgets entre, par exemple, une nouvelle ligne de production ou une amélioration d’un équipement vieillissant. Il s’agit alors de bâtir une analyse économique qui vient étayer l’étude technique qui estime les économies potentielles.

De plus, les industriels considèrent souvent que ces projets peuvent générer des difficultés sur le pilotage de l’usine avec des conflits sur les impératifs de fabrication, les critères de qualité, les gammes opératoires…

Ainsi, par-delà la proposition d’une optimisation énergétique, les équipes doivent bien souvent analyser l’ensemble des impacts sur la production, et construire des évaluations économiques robustes. Les porteurs de projet doivent donc faire preuve de beaucoup de conviction pour porter les projets auprès des décideurs.

4. Quels leviers, dans votre domaine d’activité, pourraient être utilisés pour accélérer les choses ?

Un des leviers principaux reste la réduction de la facture énergétique, avec la hausse du coût des énergies ou des externalités comme la taxation carbone. Cependant, à défaut d’une prévisibilité du coût des énergies, il est préférable d’insister sur la maîtrise de la facture énergétique avec des prix stabilisés et prévisibles, comme par exemple sur les énergies renouvelables ou l’investisseur dispose d’un modèle robuste.

Dans le monde industriel, l’accélération du déploiement des projets d’efficacité énergétique implique de prendre en compte le fonctionnement des usines, et de se pencher sur les contraintes opérationnelles. Les clients apprécient cette prédisposition où l’on met en avant la culture industrielle et l’expérience acquise sur les sites. Ce travail doit se faire en collaboration entre l’ingénieur procédés, et un expert énergétique. En effet, nous voyons émerger des fonctions de responsable énergétique, en interne. Ces derniers peuvent être épaulés par des spécialistes, comme les équipes de KERDOS. L’avantage de cette intervention est d’apporter la maîtrise de la gestion énergétique, en couvrant l’ensemble des enjeux : technique, évaluation économique, montage des dossiers de financement, réglementation, schémas innovants…

Les sites disposent de nombreux plans d’actions, véritables boîtes à idée de solutions à déployer. Malheureusement, le passage à l’acte n’est pas au rendez-vous, notamment à cause des difficultés de financement. Le marché se structure de plus en plus pour proposer des offres packagées intégrant le financement des opérations, en lissant le paiement sur la durée de contrat. Le développement des offres de ces ESCO (Energy service company), couvre aujourd’hui des solutions à faible enjeu technique (comme l’éclairage), ou la fourniture de fluides (air comprimé, vapeur, eau chaude, eau froide). Progressivement, ces offres vont s’étendre à des sujets plus complexes, visant le cœur process, maîtrisant le risque technique, et nécessitant une parfaite compréhension des enjeux de l’industriel.

5. Quels résultats ou changements concrets vous amèneraient à considérer que la transition énergétique est réussie ?

La transition énergétique sera réussie dans l’industrie quand les entreprises intégreront pleinement ces enjeux dans leurs modes de fonctionnement et leurs critères de décision.

Cela se fera certainement par un positionnement affirmé sur une ambition climatique des entreprises, et une volonté d’atteindre la neutralité carbone. Nombreux Groupes ont aujourd’hui pris ces engagements pour l’horizon 2050, voire même 2030.

Cette réduction de l’empreinte environnementale passe par une décarbonation du mix énergétique via l’intégration des énergies renouvelables dans les procédés. Il est possible de viser une consommation d’énergie à 100 % renouvelable, comme le label RE100, qui combine réduction des consommations, intégration des EnR, ou autre dispositif d’encouragement comme les certificats verts, les PPA (Power Purchase Agreement)…

Enfin, notons que la transition énergétique est une nécessité dans certains contextes internationaux où les infrastructures énergétiques ne sont pas aussi développées qu’en Europe, et avec un gisement énergétique important. L’Afrique est souvent citée en exemple avec des cas pratiques de mise en œuvre sur les réseaux isolés.

 

A propos de KERDOS

Kerdos élabore, choisit, et met en œuvre les solutions technologiques qui vous permettent de réduire votre consommation d’énergie, de diminuer votre empreinte carbone, de recourir à des énergies nouvelles respectueuses de l’environnement.

Pour en savoir plus, consultez la page KERDOS.

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