L’efficacité énergétique, tout le monde est pour. Cependant, différents obstacles ralentissent son déploiement, pourtant indispensable à la transition énergétique.

Rencontre avec Noël Cavey, essayiste de la Transition Énergétique.

1. Bonjour Noël et bienvenue. Présentez-vous en quelques mots…

Fils de paysan, ingénieur diplômé, après une carrière en Formule Un que j’ai quittée volontairement, je réfléchis sur cette notion de la transition énergétique.

2. Comment définiriez-vous l’efficacité énergétique ?

Je n’invente rien ici. L’accroissement du capital artificiel de l’homme s’est accompagné d’une dépréciation du capital naturel (énergétique) de la planète, cela continue. Tant que le prélèvement du capital naturel effectué par l’homme reste inférieur à son renouvellement, le système est dit durable. Tant que nous utilisons chaque année moins de bois que ce qui a poussé dans l’année, le système survit. En revanche, dès que nous faisons appel à un capital non renouvelable à l’échelle de quelques millions d’années, le pétrole par exemple, le système ne peut ni durer longtemps, ni croître éternellement, car nous prélevons dans un volume fini.

L’activité économique est évaluée par le niveau du Produit Intérieur Brut (PIB). En gros, la masse salariale du pays représente sa consommation énergétique (ce qui fait tourner les machines, à la place de la force humaine). Il a été introduit un critère de calcul qui définit une intensité énergétique qui calcule la consommation d’énergie rapportée à ce PIB. Il caractérise ainsi l’efficacité énergétique du pays considéré : plus une économie est efficace, plus cette consommation d’énergie est réduite.

La société encadre parfaitement ces aspects afin de la rendre durable et d’éviter le gaspillage. Cela laisse deviner l’élaboration d’un modèle d’économie non plus basé sur le toujours plus sans limite, mais sur l’introduction d’un critère d’efficacité énergétique, de récompense aussi, et à la fin, pourquoi pas … de bonheur de vivre dans une consommation énergétique moindre, avec une certaine fierté ?

3. Quel est votre point de vue sur les principaux obstacles en jeu?

Les gens ont peur du changement parce qu’ils craignent l’inconnu. Or la seule grande constante de l’histoire est que tout change dans un chantier perpétuel. Personne ne peut assimiler toutes les découvertes scientifiques les plus récentes. Personne ne peut prédire de quoi l’économie mondiale sera faite dans dix ans. Personne n’a la moindre idée vers quoi nous nous dirigeons. Personne ne comprend plus le système. La recherche scientifique et les progrès techniques vont plus vite que ce que la plupart d’entre nous pouvons comprendre.

Cependant, toute l’innovation technique ne doit plus être absente de la réflexion collective, tous ses sujets sont régulièrement évoqués et martelés, mais pour réussir l’innovation technique de la transition énergétique, cela suppose des formes toujours plus riches d’innovation sociale car elles vont entraîner des modifications de plus en plus notables de nos modes de vie en marge des systèmes économiques.

De cette réflexion nécessaire, les pouvoirs publics y ont un gros intérêt vital, des principes de grogne (encore aujourd’hui, récupérés quelquefois par des opposants politiques) nous indiquent des risques sociaux, avec une certaine perte de la liberté et de l’économie citoyenne. Les principaux obstacles sont le risque de choix bâclés de projets d’avenir erronés.

4. Quels leviers, dans votre domaine d’activité, pourraient être utilisés pour accélérer les choses ?

Ma vie est séparée en trois époques, celle du fils de paysan qui a vécu la fin de la paysannerie sans pétrole ; celle de l’ingénieur qui a dédié l’essentiel de sa carrière au développement des moteurs de Formule Un ; à celle d’un citoyen qui réfléchit, un peu comme un scientifique, en appréciant les ordres de grandeur, de ce que sera la transition énergétique en parallèle de la révolution numérique.

J’ai une approche critique des aspects de l’énergie. L’automobile est inefficiente concernant sa consommation de carburant. Certes les choses ont bigrement évolué côté moteur, les rendements progressent. La restriction sur les émissions de CO2 va dans ce sens, elles sont proportionnelles à la consommation de carburant, donc à l’efficacité énergétique du moteur ; mais entre-temps, la masse des voitures croit, pour notre sécurité, notre confort et un peu notre fainéantise. Isaac Newton nous enseignait que pour accélérer une masse, la force nécessaire est proportionnelle à celle-ci, donc les puissances des moteurs croissent., des concept-cars sont cependant apparus :

  • Volkswagen propose en 2008 une voiture consommant 1 L/100, (3,47 mètres de long, 1,25 mètre de large, un mètre de hauteur), toute en fibre de carbone de 290 kg, un moteur de 8,5 chevaux, elle roule à 120 km/h. C’est un exemple extrême, une œuvre d’ingénieur, et non de commercial. La petite Vespa 400 des années 50’ pesait 360 kg, roulait à 90 km/h avec un moteur de 14 chevaux.
  • La formule un actuelle tente avec le moteur hybride, cette approche intéressante d’indice énergétique en limitant la masse de carburant à bord de la voiture, comme cela l’était en 1988 à l’ère du turbo. Mais quelle réalité, quelle application ? La mission d’une Formule Un est marginale par rapport à l’automobile de la rue.
  • Il y a donc un juste milieu possible, un transfert de technologie, exercice quelquefois intellectuel pas facile car le coût a son importance, il permet d’apporter les contributions extrêmes de la technologie à un projet commercialisable. Le législateur peut-il forcer cela ? C’est complexe où aujourd’hui, le marché tend vers les SUV (grosses voitures puissantes) qui occupent 25% du marché, c’est l’inverse qu’il faudrait. Est-ce une mode nouvelle à créer ?

Ma vision aujourd’hui, est de prendre les choses par l’autre bout. Me placer du côté des questionnements au milieu de tout le monde et tenter d’expliquer ou d’influencer. Intervenir comme conseiller et souffler à l’oreille des décideurs, ça ne se fait pas seul, il faut organiser un débat en groupe de personnes différentes, paradoxales.

5. Quels résultats ou changements concrets vous amèneraient à considérer que la transition énergétique est réussie ?

Toute véritable transformation sera précédée de grands moments d’inconfort. C’est à ce moment-là qu’on sera sur le bon chemin. Cependant, la planète a son temps de réaction, elle perturbera elle-même les efforts des hommes.

5. Vous avez écrit un livre, parlez-nous du sujet.

Dans le livre Notes d’introduction à l’association idéale, je ne décris pas l’efficacité énergétique, mais je pose les questionnements sur le développement durable, la transition écologique, la transition énergétique, la révolution numérique. Qu’est-ce qui m’a poussé à cela ? J’ai passé 19 ans de ma vie dans le milieu de la Formule Un, puis un jour où je réalise la vanité de ma vie dédiée à la course vers la fortune, le plaisir, le pouvoir, la gloire, j’aspirais à une nouvelle conception de ma vie, je me pose et réfléchis. La félicité découle de sa sagesse. L’Humanité mute vers une unique communauté de destin fragilisée par l’urgence climatique. Si j’étais un adolescent aujourd’hui, je serais plutôt angoissé à ce que me réserve ces dégâts anthropiques, le réchauffement climatique et ses effets sur l’humanité. J’irais secouer les adultes pour qu’ils réagissent. Les gouvernants semblent plutôt sourds à cela.

Alors, l’idée est d’imaginer une vigilance critique de ce qui se passe, et une forme de démocratie délibérative en parallèle à la démocratie représentative. La formation d’une équipe, la plus vaste possible, la plus paradoxale possible, qui imagine et propose des projets aux élus avec une bonne validité statistique pour éviter les dissidences. C’est une utopie, mais cela fut possible localement en démontrant l’exemplarité d’une telle expérience.

« L’utopie est bien cette impulsion qui permet l’espérance dans cette longue attente immobile au seuil de ce monde nouveau, dans sa construction pour accomplir collectivement les ruptures des transformations nécessaires. Le mouvement même de cette action nouvelle, n’est plus une façon de laisser-faire, mais une progression vers un niveau supérieur de réalisation du vivre-ensemble, collectif, universel, sans frontières. » C’est bien le contraire de la dystopie. CQFD ?

A propos du livre Notes d’introduction à l’association idéale

L’essai secoue, interroge, fournit à la raison les questions subtiles. Le jour où l’Homme réalise la vanité de sa vie dédiée à la course vers la fortune, le plaisir, le pouvoir, la gloire, il aspire à une nouvelle conception de sa vie. Sa félicité découle de sa sagesse. L’Humanité mute vers une unique communauté de destin fragilisée par l’urgence climatique.

Ce type sort du néant et cogite un projet d’un avenir possible non violent, alliage de compromis, de négociations, par une opportunité intelligente de réunir, dans une espérance portée par la compréhension mutuelle afin de se réaliser collectivement dans une nouvelle Cité avec les avancées de la connaissance humaine. Il ose la réalité en créant l’association CEERF qu’il préside. Elle est l’alliance de milliers de personnes œuvrant pour la démocratie, elle s’achève le soir du référendum à Saint-Aygulf, bloquant le projet immobilier de la Mairie « extrême droite » de Fréjus. Enrichi de ce succès, il conçoit « l’association idéale » et son algorithme.

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