Dans une étude menée en 2007, Catherine FOURNET-GUERIN, géographe et maître de conférence à l’université de Reims, affirme que la question de l’accès à l’énergie s’avère cruciale à Madagascar, « à la fois pour le développement de son économie et pour les conditions de vie de ses quelques 18 millions d’habitants ». Depuis, la situation n’a pas beaucoup changé.

Dans le Doing business 2014 de la Banque mondiale, Madagascar est toujours classé 187ème sur 189 pays en matière de raccordement à l’électricité. Il a occupé le même rang en 2013. L’énergie est pourtant un secteur dont les impacts sont multisectoriels, car ils touchent l’agriculture, la pêche, la santé, l’éducation, etc.

A l’instar de nombreux pays en voie de développement, Madagascar vit en effet plus qu’un paradoxe par rapport à la question de l’énergie, la rareté de celle-ci pénalisant fortement la croissance du Pays, tout en accentuant des déséquilibres environnementaux et sociaux déjà conséquents.

Inefficace, chère et à petite échelle, l’électricité est un service rare et demeure un luxe pour la plupart des Malagasy. Cela se traduit par un taux d’électrification (23% au niveau national) parmi les plus faibles en Afrique subsaharienne (une moyenne de 30%). Sans compter que ce pourcentage se réduit considérablement en milieu rural (de 4 à 15%).

Ces chiffres s’expliquent par le fait que le pays a encore recours aux centrales thermiques fonctionnant au gasoil ou au fuel oil. Comme le démontre le diagnostic du Secteur Energie, réalisé en 2012 par WWF en partenariat avec le Ministère de l’Energie, l’offre énergétique à Madagascar est dominée par le Bois Energie (92%) et les Produits Pétroliers (7%). La part des Energies renouvelables reste encore marginale car elle constitue moins de 1% de cette offre.

DIAGNOSTIC DU SECTEUR ENERGIE - Septembre 2012
DIAGNOSTIC DU SECTEUR ENERGIE – Septembre 2012

Madagascar est pourtant riche en ressources énergétiques alternatives. Amédée Mamy Tiana Randrianarisoa l’explique bien dans son œuvre Energies durables pour tous, en soulignant que             « Madagascar dispose de la quantité et la qualité nécessaire pour s’auto-suffire énergétiquement, que ce soient les cours d’eau pour l’énergie hydraulique, l’irradiation solaire pour l’énergie solaire, le vent pour l’énergie éolienne, ainsi que les surfaces exploitables pour les bioénergies». Le pays bénéficie en effet d’atouts majeurs :

• un potentiel éolien conséquent ;
• une disponibilité en ressource hydraulique estimée à 7.800 MW, (alors que le pays n’en exploite que 132 MW);
• un ensoleillement supérieur à 800 heures par an, capable de produire de l’énergie solaire ;
• enfin, la géothermie qui pourrait davantage être exploitée.

Faute de politique claire, ce potentiel demeure malheureusement en l’état. Il faut toutefois évoquer certaines initiatives en faveur du développement des énergies renouvelables, comme le programme « De l’électricité verte pour un million de ruraux à Madagascar » de la Fondation Energies pour le Monde. Il vise à électrifier 73 communes isolées grâce à la construction de 43 centrales solaires, de 23 éoliennes et de 9 microcentrales hydrauliques.

Schématisation des liens entre les différentes sources d’énergie2
Schématisation des liens entre les différentes sources d’énergie

 

Les sources et les différentes utilisations de l’énergie à Madagascar3
Les sources et les différentes utilisations de l’énergie à Madagascar

DÉPENDANCE ET VULNÉRABILITÉ

Nous l’avons compris : pour produire son électricité, l’Etat malgache est contraint d’importer des quantités croissantes de pétrole, ce qui pèse fortement sur les comptes de la compagnie nationale d’électricité, la JIRAMA.

En effet, l’île compte plusieurs centrales thermiques, dont la part dans la production d’électricité ne cesse d’augmenter. De nombreuses régions du pays sont alimentées exclusivement grâce à ces centrales et, depuis quelques années, subissent les fameux délestages, c’est-à-dire les coupures de courant auxquelles procède la JIRAMA. A Tananarive, les délestages sont organisés par quartiers, selon des durées de coupure variables et, dans la mesure du possible, annoncés à l’avance dans la presse. Mais dans les grandes villes de province, ces coupures peuvent durer jusqu’à vingt heures par jour, suscitant un vif mécontentement populaire.

D’autant plus que cette l’électricité produite à Madagascar demeure très chère : 0,09 dollar le wattheure contre 0,05 à Maurice, en Afrique du sud et au Sri Lanka.4 Par conséquent, le pays est loin d’être compétitif et peine à attirer de nouveaux investisseurs. Les tarifs sont élevés puisque le produit est rare et ne permet pas de bénéficier d’une économie d’échelle.
La situation de Madagascar est donc très mauvaise et le problème ne s’arrête pas à la dépendance des importations d’hydrocarbures. Le réseau de distribution de l’énergie est, lui aussi, très malaisé.

Les contraintes extérieures se juxtaposent donc aux difficultés de gérer l’approvisionnement énergétique de l’intérieur du pays, dans un territoire insulaire marqué en partie par un fort enclavement, exposé aux aléas climatiques tropicaux et longtemps perturbé par l’instabilité politique.

Tous ces facteurs ont entravé l’essor économique de Madagascar, en pénalisant fortement de nombreux secteurs d’activités, notamment l’industrie, le tourisme, les services hospitaliers et les universités.

Certains se souviendront peut-être d’une publicité parue dans la presse en 2007. Afin de promouvoir son produit – des groupes électrogènes –, une entreprise avait utilisé ce slogan très parlant: Vous manquez cruellement d’énergie ?

 Madagascar, Les défis d’un développement durable, 2002.
Madagascar, Les défis d’un développement durable, 2002.

Selon La Gazette de la Grande Ile, aucune stratégie claire ne se profile à l’horizon pour changer la donne. Pire, l’Etat se contente de poursuivre depuis des dizaines d’années le système de subventions allouées à la JIRAMA, sans chercher une solution véritable à sa crise chronique.

Il est évident que ces « paradoxes énergétiques » placent globalement le Pays et ses habitants dans une situation non durable. Le basculement vers les énergies renouvelables est donc incontournable et Madagascar se doit désormais de profiter de la tendance mondiale vers ces systèmes alternatifs.

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