Il y a trente ans, la totalité de l’énergie produite à la Réunion était d’origine renouvelable. Cependant, l’île est peu à peu devenue dépendante des énergies fossiles. Pourquoi ?

La forte croissance démographique, qui a vu passer le nombre d’habitants de 500.000 en 1980 à 817.000 en 2010, l’amélioration du niveau de vie et la production hydroélectrique de plus en plus limitée ont mené le territoire à s’équiper de centrales thermiques au fioul et au charbon, afin de répondre à l’inévitable hausse de la demande. Or, les projections pour 2030 estiment la population à un million de personnes. Ce bond démographique s’accompagnera d’une nouvelle hausse de la demande d’électricité, alors que l’île s’est engagée en 2000 dans une politique énergétique visant 0 % d’émission de CO2.

A la Réunion, l’importation des produits pétroliers est avant tout destinée à la production électrique. En 2000, l’approvisionnement en combustibles était de 886,9 ktep. Entre 2000 et 2011, il a augmenté de 6,1%.

Le handicap majeur de la Région consiste à être un Système Energétique Isolé (SEI), comme d’autres DOM-TOM ou la Corse. Nichée dans l’Océan Indien, entre la fosse des Mascareignes et le tropique du Capricorne, la Réunion est donc fortement dépendante de l’extérieur, car elle importe les 7/8 de sa consommation d’énergie finale. D’autant plus que cette consommation correspond presque exclusivement à des combustibles fossiles et ne cesse pas de croitre.

Dans le cadre du débat national sur la TRANSITION ÉNERGÉTIQUE, un comité de pilotage réunissant l’Etat, la Région Réunion, l’ADEME et l’agence régionale Energie Réunion a produit un document fort intéressant. Selon leur bilan, le taux de dépendance énergétique de la Réunion est stable et, depuis 2005, il est compris entre 87-88%. C’est justement cette stabilité qui a fragilisé la Région.

Avec un taux d’indépendance énergétique de 11,7%, La Réunion, se place ainsi à la neuvième ou dixième position parmi les régions françaises.

 

Taux de dépendance énergétique

Par ailleurs, il n’est pas anodin de rappeler que si la production des énergies renouvelables a augmenté progressivement, sa contribution au mix énergétique réunionnais demeure très faible.

 

Répartition de la consommation d’énergie primaire en 2011

Ce phénomène est dû au fait que, malgré leurs diversité et disponibilité, les ressources locales souffrent d’une forte variabilité inter annuelle, liée aux conditions météorologiques. Ce qui rend fragile et incertaine leur exploitation.

L’autonomie en 2030 : cap ou pas cap ?

L’île de la Réunion vise l’autonomie énergétique totale en 2030. Ce challenge fait d’elle un terrain d’expérimentation à grande échelle, car il s’agit concrètement de rendre autonome en énergie un territoire bientôt peuplé par 1 000 000 de personnes.

Comme toutes les régions, La Réunion aussi a réalisé son Schéma Régional Climat Air Energie (SRCAE), fixant pour 2020 et 2030 les évolutions en termes :

  • d’émissions de Gaz à Effet de Serre,
  • d’efficacité énergétique,
  • de part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique.

Ce troisième point, qui comporte le développement des énergies renouvelables, est sans doute l’axe principal sur lequel intervenir, si l’on veut répondre de manière durable à la hausse de la demande en électricité. A ce titre, l’Agence régionale énergie réunion (ARER) a établi des modèles de mix énergétiques à l’horizon 2020 et 2013, à partir du potentiel et de la maturité des différentes ressources alternatives présentes sur l’île. Selon l’ARER, « un scénario énergétique sobre et renouvelable est économiquement aussi viable qu’un scénario énergétique basé sur le gaspillage d’une énergie fossile rare. La différence en coût direct est seulement de 7% et la différence en coûts globaux est nulle ».

Véritable « laboratoire d’idées », l’île de la Réunion veut maintenant passer de la réflexion à l’action et ajouter à son statut de territoire d’expérimentation celui de créateur de richesses et d’emploi.

L’enjeu est de taille et le gouvernement a déjà relevé le défi : depuis quelques mois, le Comité de Pilotage des énergies renouvelables est en charge de mieux orienter la politique énergétique réunionnaise et de regrouper acteurs privés et publics œuvrant dans le secteur des énergies propres. Pour le président de la Région, ce Comité est un outil qui permettra de « travailler ensemble et de parler d’une même voix pour être au rendez-vous fixé », à savoir 50% d’énergies renouvelables dans le bouquet énergétique réunionnais, d’ici 2020.

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